La Captive

poem by Victor Hugo

Si je nétais captive,
J' aimerais ce pays,
Et cette mer plaintive,
Et ces chants de maïs ,
Et ces astres sans nombre,
Si, le long du mur sombre,
N’étincelait dans l’ombre
Le sabre du Spahis.

Je ne suis pas Tartare
Pour qu’un eunuque noir
M’accorde ma guitare,
Me tienne ma miroir.
Bien loin de ces Sodomes,
Au pays dont nous sommes,
Avec les jeunes hommes
On peut parler le soir.

Pourtant j’aime cette rive,
Où jamais des hivers
Le souffle froid n’arrive
Par les vitraux ouverts.
L’été, la pluie est chaude;
L’insecte vert qui rôde
Luit, vivante éméraude,
Sous les brins d’herbe verts.

J'aime en un lit de mousses
Dire un air espagnol,
Quand mes compagnons douces,
Du pied rasant le sol,
Légion vagabonde
Où le sourire abonde,
Font tournoyer leur ronde
Sous un rond parasol.
J'aime en un lit de mousses
Dire un air espagnol,
Ha! Ha! Ha! Ha! Ha!
Quand mes compagnons douces,
Du pied rasant le sol,
Légion vagabonde
Où le sourire abonde,
Font tournoyer leur ronde
Sous un rond parasol.
Sous un rond parasol.

Mais surtout quand la brise
Me touche en voltigeant,
La nuit, j'aime être assise,
Être assise en songeant,
L 'oeil sur la mer profonde,
Tandis que, pâle et blonde,
La lune ouvre dans l’onde
Son éventail d’argent.
Ah! Si je nétais captive,
J’aimerais ce pays.
Si je nétais captive!


Page 1 of La Captive

Home

Contents

About this site